Nul n’est resté indifférent à la pendaison du président irakien déchu Saddam Hussein, le premier jour de la fête musulmane de l’Aïd Al Adha. Certains ont dénoncé, d’autres ont applaudi, quelques responsables d’Etat se sont juste contentés de prendre acte de cette action des plus barbares.
La presse a dans ce contexte joué son rôle d’information. En effet, toute la presse du monde a rapporté en long et en large cet événement. Les journaux du Golfe dans leur majorité ont exprimé au lendemain de la pendaison de Saddam Hussein, à savoir dimanche passé, leur « étonnement » et par la même leur « consternation ». Le quotidien saoudien Al Watan s’est interrogé dans sa livraison de dimanche si « l’exécution de Saddam Hussein va ramener la sécurité et la stabilité en Irak et le retrait des forces d’occupation de ce pays ». Ce même journal a souligné que « la rapidité avec laquelle Saddam Hussein a été exécuté, surtout au premier jour de l’Aïd Al Adha, a suscité un sentiment d’étonnement et de consternation dans les milieux saoudiens, arabes et musulmans ». De son côté, le quotidien saoudien Al Jazira s’est indigné que l’exécution ait eu lieu au premier jour de la fête musulmane d’Al Adha. « Cette exécution fait fi des sentiments des musulmans, d’autant que plus de trois millions de fidèles étaient rassemblés dans les sanctuaires pour le pèlerinage annuel à La Mecque, en Arabie Saoudite », a dénoncé Al Jazira qui estime qu’« utiliser l’Aïd Al Adha de manière aussi vile ne rend pas service à l’Irak. Au contraire, cela accentue davantage le clivage ethnique et confessionnel ». « Penser que la pendaison de Saddam Hussein marque une nouvelle étape n’est peut-être pas faux », écrit, pour sa part, le quotidien saoudien Al Riyadh, qui pronostique « un divorce sans retour entre chiites et sunnites » irakiens. Au Qatar, le quotidien Al Raya a rapporté dans ses colonnes que « l’exécution de Saddam avec cette rapidité prouve que c’est Washington qui planifie et gère les affaires en Irak et que le gouvernement irakien exécute simplement les ordres ». Pour ce journal, il s’agit sans nul doute d’un « procès politique ». Al Raya est persuadé qu’après la pendaison de Saddam Hussein, bon nombre d’Irakiens vont voir en lui un héros national et qu’à cet effet, le nombre de ses partisans va augmenter et qu’en contrepartie le gouvernement irakien va se trouver dans une position embarrassante. Titrant « L’Irak sur la guillotine », le quotidien Al Charq du Qatar estime que « la pendaison de Saddam Hussein entre dans le cadre de la vengeance individuelle et confessionnelle ». Ce quotidien juge que « cette image n’honore pas le gouvernement du nouvel Irak ». Au Koweït, en revanche, c’est un autre son de cloche. Ce pays qui a été envahi par Saddam Hussein, l’ensemble de ses journaux se félicitent implicitement. Pour le journal Al Qabas, « la justice en Irak s’est vengée de Saddam Hussein ». De son côté, le quotidien Al Siyassa espère que « l’exécution de Saddam Hussein tournera la page de la mort en Irak et dans la région (...) et ouvrira une nouvelle ère qui sera un modèle de civilisation ». La photo de Saddam, serein, la corde passée autour du cou par ses bourreaux, fait la une de l’ensemble des journaux paraissant en Egypte. La presse égyptienne, gouvernementale ou d’opposition, était unanime à dénoncer le fait que le président irakien déchu avait été « offert en sacrifice » le jour de la fête de l’Aïd Al Adha et a consacré plusieurs pages à cet événement. Le quotidien d’opposition libéral Al Wafd titre sa une sur « Les Etats-Unis se moquent des sentiments des musulmans : Bush égorge Saddam le jour de la fête du sacrifice ». L’Aïd Al Adha commémore, rappelle le journal, le geste d’Ibrahim (Abraham) qui, selon le Coran, était sur le point d’égorger son fils Ismaïl sur ordre de Dieu lorsque ce dernier lui envoya un mouton voué au sacrifice pour épargner son fils. Ce même journal estime que l’exécution de Saddam de cette manière prouve à quel point les Etats-Unis et le régime irakien, leur allié, ont peur de l’ancien président. « Les Etats-Unis offrent Saddam en sacrifice sur l’autel de la guerre civile irakienne », note, quant à lui, le quotidien indépendant Al Masri Al Youm, en référence aux violences confessionnelles qui font rage en Irak. Le journal ne commente pas directement l’exécution de Saddam, mais donne la parole à l’ex-mufti d’Egypte, Nasr Farid Wassel, affirmant que Saddam « est mort en martyr car il a défendu sa patrie contre l’occupation ». Le quotidien Karam Gabr a, d’un côté, estimé que « Saddam ne mérite pas que l’on s’attriste pour son sort », et de l’autre, a regretté le moment choisi pour son exécution. « Saddam a été exécuté de manière humaine, contrairement aux dizaines de milliers d’Irakiens qu’il a tués », écrit ce quotidien. Le rédacteur en chef de ce journal qualifie, toutefois, cette exécution d’humiliation. « Pourquoi avoir exécuté Saddam pour les crimes contre les chiites, sans avoir pris des mesures similaires contre les (Israéliens) qui ont commis les crimes de Sabra et Chatila et à Qana, au Liban », s’est-il interrogé en s’adressant aux Américains. Les deux quotidiens gouvernementaux à plus grand tirage, Al Ahram et Al Akhbar, publient en une des photos de l’exécution, mais sans commentaires ni éditoriaux.
jeudi 4 janvier 2007
SADDAM S’EN VA DIGNEMENT
Lors des derniers moments avant son exécution, Saddam Hussein s'est montré calme et digne. Il n'a pas hésité à répondre aux attaques de l'assistance et a assuré une dernière fois qu'il avait sauvé les Irakiens "du dénuement et de la misère", selon plusieurs témoins. "Je vous ai sauvé du dénuement et de la misère et j'ai détruit vos ennemis, les Perses et les Américains", a répondu Saddam Hussein, selon le conseiller national irakien à la sécurité Mouwafak al-Roubaïe, à un garde qui lui avait lancé : "Tu nous as détruits ! Tu nous a tués ! Tu nous as fait vivre dans le dénuement !". A un autre moment, "il a dit que nous irons au Paradis et que nos ennemis finiront en enfer". Il a aussi lancé un appel au pardon et à l'amour entre les Irakiens et a dit que les Irakiens devaient combattre les Américains et les Perses, a rapporté à la BBC un juge de la cour d'appel. Saddam Hussein, la corde au cou, récite ensuite la chahada "il n'y a qu'un Dieu et que Mohamed est son Prophète". Saddam, qui est mort les yeux ouverts, a, quelques instants avant sa pendaison, demandé d'envoyer le Coran qu'il tenait dans ses mains à une personne.
Ceux qui ont longtemps pensé ou soutenu l’idée que l’exécution de Saddam Hussein pouvait constituer une solution à la crise irakienne doivent bien admettre aujourd’hui qu’ils se sont trompés. Et même lourdement. Car, comme il a été loisible de le constater, la pendaison expéditive de l’ancien président irakien n’aura en rien contribué à diminuer les luttes interconfessionnelles dans ce pays ; bien au contraire, celle-ci risque même de précipiter tout le Moyen-Orient dans une crise inextricable. Mais dans l’absolu, rien n’interdit de penser que le timing choisi (le premier jour de l’Aïd Al Adha) pour mettre à exécution la sentence prononcée par la justice irakienne à l’encontre de Saddam Hussein au mois de novembre dernier n’a pas pour but, justement, de faire d’une pierre deux coups. Ou même plus : c’est-à-dire affaiblir les Irakiens en exacerbant les contradictions et les différences qui opposent notamment les chiites et les sunnites et, ensuite, jeter tranquillement les bases d’un futur Etat irakien à majorité chiite pro-américain, capable d’endiguer la « menace » iranienne. Les faits pouvant participer à corroborer une telle lecture sont nombreux. Le premier d’entre eux reste bien entendu l’exécution de l’ancien maître de Baghdad qui ne peut être interprétée autrement que comme un cadeau fait par les Etats-Unis aux chiites d’Irak. Tout le monde aura effectivement compris qu’en s’arrangeant pour faire disparaître Saddam Hussein durant une fête de l’Aïd, Washington n’aura en fait que confirmé ce que tout le monde savait plus ou moins déjà, à savoir qu’elle avait une préférence intéressée pour cette communauté religieuse. Cette éventualité semble d’ailleurs avoir tellement réjoui les chiites que ceux-ci ne se sont pas gênés, au moment de l’annonce de l’exécution de Saddam Hussein, pour laisser exploser leur joie dans les rues de Baghdad, cela au moment où les sunnites du monde entier apparaissaient profondément écœurés par le sort réservé à l’ancien ennemi juré de Téhéran. L’Iran aussi a célébré sans retenue la disparition de l’ex-président irakien. N’était leur religion, les Iraniens auraient sans aucun doute sablé le champagne tant ils lui vouaient une haine sans limites. Malgré le lourd contentieux historique qui opposait l’Irak à l’Iran, l’intensité de la réaction iranienne n’est tout de même pas allée sans surprendre. Et, ainsi qu’il fallait s’y attendre, le plus grand étonnement est venu du monde arabe qui espérait des responsables iraniens une attitude beaucoup plus politique. Nombre d’observateurs ne s’expliquent pas non plus comment l’Iran a pu prendre ainsi le risque de s’aliéner les opinions arabes (qui sont majoritairement sunnites) au moment où il se confirme de plus en plus que leur pays — qui a actuellement le statut de puissance régionale — est dans le collimateur de Washington. Des opinions qui plus est l’ont, jusque-là, soutenu dans le bras de fer qui continue à l’opposer au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du nucléaire. En ce sens, l’on trouve étonnant que Téhéran — qui a habitué à être perspicace — n’ait pas prévu que sa réaction pouvait jouer en sa défaveur et peut-être ouvrir la voie à son isolement.
Ceux qui ont longtemps pensé ou soutenu l’idée que l’exécution de Saddam Hussein pouvait constituer une solution à la crise irakienne doivent bien admettre aujourd’hui qu’ils se sont trompés. Et même lourdement. Car, comme il a été loisible de le constater, la pendaison expéditive de l’ancien président irakien n’aura en rien contribué à diminuer les luttes interconfessionnelles dans ce pays ; bien au contraire, celle-ci risque même de précipiter tout le Moyen-Orient dans une crise inextricable. Mais dans l’absolu, rien n’interdit de penser que le timing choisi (le premier jour de l’Aïd Al Adha) pour mettre à exécution la sentence prononcée par la justice irakienne à l’encontre de Saddam Hussein au mois de novembre dernier n’a pas pour but, justement, de faire d’une pierre deux coups. Ou même plus : c’est-à-dire affaiblir les Irakiens en exacerbant les contradictions et les différences qui opposent notamment les chiites et les sunnites et, ensuite, jeter tranquillement les bases d’un futur Etat irakien à majorité chiite pro-américain, capable d’endiguer la « menace » iranienne. Les faits pouvant participer à corroborer une telle lecture sont nombreux. Le premier d’entre eux reste bien entendu l’exécution de l’ancien maître de Baghdad qui ne peut être interprétée autrement que comme un cadeau fait par les Etats-Unis aux chiites d’Irak. Tout le monde aura effectivement compris qu’en s’arrangeant pour faire disparaître Saddam Hussein durant une fête de l’Aïd, Washington n’aura en fait que confirmé ce que tout le monde savait plus ou moins déjà, à savoir qu’elle avait une préférence intéressée pour cette communauté religieuse. Cette éventualité semble d’ailleurs avoir tellement réjoui les chiites que ceux-ci ne se sont pas gênés, au moment de l’annonce de l’exécution de Saddam Hussein, pour laisser exploser leur joie dans les rues de Baghdad, cela au moment où les sunnites du monde entier apparaissaient profondément écœurés par le sort réservé à l’ancien ennemi juré de Téhéran. L’Iran aussi a célébré sans retenue la disparition de l’ex-président irakien. N’était leur religion, les Iraniens auraient sans aucun doute sablé le champagne tant ils lui vouaient une haine sans limites. Malgré le lourd contentieux historique qui opposait l’Irak à l’Iran, l’intensité de la réaction iranienne n’est tout de même pas allée sans surprendre. Et, ainsi qu’il fallait s’y attendre, le plus grand étonnement est venu du monde arabe qui espérait des responsables iraniens une attitude beaucoup plus politique. Nombre d’observateurs ne s’expliquent pas non plus comment l’Iran a pu prendre ainsi le risque de s’aliéner les opinions arabes (qui sont majoritairement sunnites) au moment où il se confirme de plus en plus que leur pays — qui a actuellement le statut de puissance régionale — est dans le collimateur de Washington. Des opinions qui plus est l’ont, jusque-là, soutenu dans le bras de fer qui continue à l’opposer au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du nucléaire. En ce sens, l’on trouve étonnant que Téhéran — qui a habitué à être perspicace — n’ait pas prévu que sa réaction pouvait jouer en sa défaveur et peut-être ouvrir la voie à son isolement.
LE MONDE ARABE CONSTERNE
«Une atteinte aux sentiments des musulmans»
L’exécution de Saddam Hussein a suscité de vives réactions dans les milieux politiques et au sein de l’opinion publique arabe. Bon nombre de gouvernements qualifient la pendaison de Saddam Hussein d’acte indigne d'un pays civilisé, exprimant leur profonde indignation. Opposée à la peine de mort, l’opinion publique internationale n’a pas applaudi à l'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein.
Dans le monde arabe, l’exécution de l’ancien président le premier jour de l’Aid el Adha est tombée comme un couperet. La presse saoudienne estime que cette pendaison a causé surprise et consternation. Critiquant la politisation du procès de Saddam, l'agence saoudiennne (SPA), reflétant la position officielle du royaume, a estimé que la pendaison, exécutée le premier jour de l'Aïd el Adha, avait causé "surprise et consternation".
De nombreux observateurs à l’échelle mondiale s'attendaient à ce que le procès d'un ancien président dure plus longtemps et comprenne des poursuites détaillées et des procédures juridiques rigoureuses, loin de toute politisation. Les analystes saoudiens dénoncent par ailleurs le changement de juges "durant le procès et son déroulement qui s'est fait" dans des conditions d'occupation américaine. Les milieux politiques qataris qualifient cet acte ignoble de "vengeance confessionnelle" et ce, au lendemain de la diffusion d'images de la pendaison de l'ancien président irakien
"Cette exécution fait fi des sentiments des musulmans, d'autant que plus de trois millions de fidèles étaient rassemblés" pour le pèlerinage à La Mecque, dénonce le journal El Djazira, un autre quotidien saoudien.
En Irak, le Comité des oulémas musulmans, principale organisation religieuse sunnite, a accusé les Américains d'être derrière l'exécution du président irakien et appelé les Irakiens à déjouer leurs plans, dans un communiqué mis en ligne hier. "L'exécution, de cette manière, de l'ancien président irakien Saddam Hussein s'est déroulée conformément aux ordres et aux désirs de l'occupant et de certains de ses alliés à l'extérieur et à l'intérieur" de l'Irak, déclarent les membres du comité dans un communiqué. "Il s'agit d'un acte éminemment politique", estime ce texte, soulignant que le premier jour de l'Aïd el Adha a été choisi pour exécuter le raïs. Le choix de cette date "témoigne de leur haine et de leur désir de provoquer" les sunnites, poursuit le Comité.
De son côté, le Comité de défense de Saddam Hussein s'est indigné du climat qui a entouré l'exécution de l’ancien président irakien et a dénoncé le fait qu'aucun représentant de la défense n'y avait assisté. "Nous dénonçons le climat de haine et de vengeance politique qui a entouré l'exécution du président martyr Saddam Hussein", indique un communiqué du comité. "L'exécution, de cette manière, de l'ancien président irakien Saddam Hussein, le premier jour de l'Aïd el Adha, fait fi des sentiments des Arabes et des musulmans", ajoute le communiqué. "Aucun représentant de la défense n'a été informé de l'heure de l'exécution ou n'a été invité à y assister alors qu'un membre de notre comité se trouvait dans la zone verte", à Bagdad, déplore également le Comité des avocats. Le Comité accuse aussi les "autorités américaines d'occupation d'avoir délibérément ignoré les avocats".
Le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) a, pour sa part, appelé le peuple irakien "au calme et à l’unité".
INDIGNATION ET CONSTERNATION
Dans la région proche-orientale, les réactions restent mitigées. A Amman, plusieurs centaines de personnes, dont la fille aînée de Saddam Hussein, Raghad, ont manifesté pour protester contre la pendaison de l'ancien président irakien.
La manifestation, organisée à l'appel de syndicats professionnels regroupant notamment médecins, ingénieurs et avocats, s'est déroulée devant l'immeuble du syndicat au centre de la capitale jordanienne. Le porte-parole du mouvement palestinien Hamas, Fawzi Barhoum, a dénoncé un "assassinat politique" qui "viole toutes les lois internationales censées protéger les prisonniers de guerre". Saddam Hussein était le plus populaire des dirigeants arabes dans les territoires palestiniens. Lors de la deuxième Intifada, il avait versé des millions de dollars aux familles des "martyrs" et des kamikazes palestiniens.
La Libye a décrété pour sa part trois jours de deuil national et annulé les festivités prévues pour la fête de l’Aïd el Adha.
Sans porter de jugement sur l’exécution, le ministère marocain des Affaires étrangères a mis l'accent sur "la nécessaire réconciliation et concorde entre les différentes composantes de la nation irakienne". A Rabat quelque deux cents manifestants marocains ont protesté contre l'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein. Une manifestation similaire s'est déroulée samedi soir devant le consulat général des Etats-Unis à Casablanca.
Le Groupe d'action marocain pour le soutien à l'Irak et à la Palestine a qualifié, dans un communiqué, le procès de Saddam Husseïn de "mascarade menée par un tribunal mis sur pied par l'occupation". Les manifestants, réunis près du consulat général des Etats-Unis à l'appel d'une association locale, ont également dénoncé le "silence complice des régimes arabes".
La Tunisie considère que l'application de cette sentence, en ce jour, est une grave atteinte aux sentiments des peuples musulmans, au moment où ils célèbrent une fête religieuse sacrée
L’exécution de Saddam Hussein a suscité de vives réactions dans les milieux politiques et au sein de l’opinion publique arabe. Bon nombre de gouvernements qualifient la pendaison de Saddam Hussein d’acte indigne d'un pays civilisé, exprimant leur profonde indignation. Opposée à la peine de mort, l’opinion publique internationale n’a pas applaudi à l'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein.
Dans le monde arabe, l’exécution de l’ancien président le premier jour de l’Aid el Adha est tombée comme un couperet. La presse saoudienne estime que cette pendaison a causé surprise et consternation. Critiquant la politisation du procès de Saddam, l'agence saoudiennne (SPA), reflétant la position officielle du royaume, a estimé que la pendaison, exécutée le premier jour de l'Aïd el Adha, avait causé "surprise et consternation".
De nombreux observateurs à l’échelle mondiale s'attendaient à ce que le procès d'un ancien président dure plus longtemps et comprenne des poursuites détaillées et des procédures juridiques rigoureuses, loin de toute politisation. Les analystes saoudiens dénoncent par ailleurs le changement de juges "durant le procès et son déroulement qui s'est fait" dans des conditions d'occupation américaine. Les milieux politiques qataris qualifient cet acte ignoble de "vengeance confessionnelle" et ce, au lendemain de la diffusion d'images de la pendaison de l'ancien président irakien
"Cette exécution fait fi des sentiments des musulmans, d'autant que plus de trois millions de fidèles étaient rassemblés" pour le pèlerinage à La Mecque, dénonce le journal El Djazira, un autre quotidien saoudien.
En Irak, le Comité des oulémas musulmans, principale organisation religieuse sunnite, a accusé les Américains d'être derrière l'exécution du président irakien et appelé les Irakiens à déjouer leurs plans, dans un communiqué mis en ligne hier. "L'exécution, de cette manière, de l'ancien président irakien Saddam Hussein s'est déroulée conformément aux ordres et aux désirs de l'occupant et de certains de ses alliés à l'extérieur et à l'intérieur" de l'Irak, déclarent les membres du comité dans un communiqué. "Il s'agit d'un acte éminemment politique", estime ce texte, soulignant que le premier jour de l'Aïd el Adha a été choisi pour exécuter le raïs. Le choix de cette date "témoigne de leur haine et de leur désir de provoquer" les sunnites, poursuit le Comité.
De son côté, le Comité de défense de Saddam Hussein s'est indigné du climat qui a entouré l'exécution de l’ancien président irakien et a dénoncé le fait qu'aucun représentant de la défense n'y avait assisté. "Nous dénonçons le climat de haine et de vengeance politique qui a entouré l'exécution du président martyr Saddam Hussein", indique un communiqué du comité. "L'exécution, de cette manière, de l'ancien président irakien Saddam Hussein, le premier jour de l'Aïd el Adha, fait fi des sentiments des Arabes et des musulmans", ajoute le communiqué. "Aucun représentant de la défense n'a été informé de l'heure de l'exécution ou n'a été invité à y assister alors qu'un membre de notre comité se trouvait dans la zone verte", à Bagdad, déplore également le Comité des avocats. Le Comité accuse aussi les "autorités américaines d'occupation d'avoir délibérément ignoré les avocats".
Le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) a, pour sa part, appelé le peuple irakien "au calme et à l’unité".
INDIGNATION ET CONSTERNATION
Dans la région proche-orientale, les réactions restent mitigées. A Amman, plusieurs centaines de personnes, dont la fille aînée de Saddam Hussein, Raghad, ont manifesté pour protester contre la pendaison de l'ancien président irakien.
La manifestation, organisée à l'appel de syndicats professionnels regroupant notamment médecins, ingénieurs et avocats, s'est déroulée devant l'immeuble du syndicat au centre de la capitale jordanienne. Le porte-parole du mouvement palestinien Hamas, Fawzi Barhoum, a dénoncé un "assassinat politique" qui "viole toutes les lois internationales censées protéger les prisonniers de guerre". Saddam Hussein était le plus populaire des dirigeants arabes dans les territoires palestiniens. Lors de la deuxième Intifada, il avait versé des millions de dollars aux familles des "martyrs" et des kamikazes palestiniens.
La Libye a décrété pour sa part trois jours de deuil national et annulé les festivités prévues pour la fête de l’Aïd el Adha.
Sans porter de jugement sur l’exécution, le ministère marocain des Affaires étrangères a mis l'accent sur "la nécessaire réconciliation et concorde entre les différentes composantes de la nation irakienne". A Rabat quelque deux cents manifestants marocains ont protesté contre l'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein. Une manifestation similaire s'est déroulée samedi soir devant le consulat général des Etats-Unis à Casablanca.
Le Groupe d'action marocain pour le soutien à l'Irak et à la Palestine a qualifié, dans un communiqué, le procès de Saddam Husseïn de "mascarade menée par un tribunal mis sur pied par l'occupation". Les manifestants, réunis près du consulat général des Etats-Unis à l'appel d'une association locale, ont également dénoncé le "silence complice des régimes arabes".
La Tunisie considère que l'application de cette sentence, en ce jour, est une grave atteinte aux sentiments des peuples musulmans, au moment où ils célèbrent une fête religieuse sacrée
mercredi 3 janvier 2007
APRES L’EXECUTION DE SADDAM HUSSEIN
Condamnations et craintes pour l’avenir de l’Irak
Condamnations, indignation, voire dégoût, sont les sentiments qui se dégagent après l’exécution, par pendaison, le jour de l’Aïd el Adha, de l’ancien président irakien Saddam Hussein.
Son exécution est loin d'avoir fait l'unanimité à l'étranger, notamment chez les opposants à la peine de mort. Les réactions ont fusé de toute la planète et les voix, même si parfois elles ont été timides, se sont élevées pour condamner cette " sentence hâtive" et rappeler leur hostilité à la peine de mort. Si Washington voit l'exécution de Saddam Hussein comme "une étape importante sur la route de l'Irak vers une démocratie ", la Russie, en revanche, voit dans cette exécution un facteur qui risque d'aggraver la situation en Irak et regrette que les appels internationaux à la clémence ont été ignorés. L'exécution "pourrait conduire à une dégradation de la situation politico-militaire et à une montée des tensions sectaires", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères. "Le pays sombre dans la violence et se trouve de fait au bord d'une guerre civile totale", prévient-il.
UNE NOUVELLE TRAGIQUE POUR LE VATICAN
Pour sa part, le Vatican a fermement condamné la mise à mort de Saddam et, comme d’autres capitales européennes, a qualifié la nouvelle de "tragique" allant jusqu’à dire " qu'elle violait la loi divine et risquait d'alimenter la vengeance". Ceci au moment où Pékin, conformément à sa politique de non-ingérence dans les affaires de pays tiers, qui s'est toujours opposée à l'invasion de l'Irak, n'a pas commenté l'exécution. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré que "la Chine espère que l'Irak atteindra rapidement la stabilité et le développement".
LES ALLIES DE BUSH SE VEULENT NEUTRES
Le Canada, par la voix de chef de la diplomatie, a estimé qu’il " était trop tôt pour commenter l’exécution" de Saddam Hussein. Il a souhaité un "avenir paisible et prospère" à l'Irak. L'Australie, connue pour son opposition à la peine capitale, s’est montrée neutre en déclarant qu’elle "respecte" la
décision des autorités irakiennes. Une déclaration sans surprise, d’autant plus que le Premier ministre conservateur John Howard, est un indéfectible allié des Etats-Unis. Même position du côté de Tokyo. Le Japon, allié des Etats-Unis dans la guerre en Irak, se dit lui aussi "respecter" la décision des autorités irakiennes. "Il s'agit d'une décision prise par le nouveau gouvernement de l'Irak conformément à l'Etat de droit. Nous la respectons", a déclaré un porte-parole des Affaires étrangères. La Corée du Sud, troisième force militaire en Irak, "espère que le gouvernement irakien et la population surmonteront avec sagesse les difficultés actuelles pour atteindre l'harmonie nationale, la stabilité et la reconstruction économique".
L’EUROPE PREOCCUPEE
En Europe, le président du Conseil italien Romano Prodi s'est dit "préoccupé" à l'idée "que l'exécution de Saddam Hussein puisse accroître la tension" en Irak.
Il a jugé cette exécution "inhumaine", et appelé à la "magnanimité" du gouvernement. Pour Silvio Berlusconi, ancien président du Conseil italien, cette exécution est une "erreur politique et historique" qui " n’aidera pas l’Irak à tourner la page". Berlusconi, qui s’était engagé aux côtés de Washington en envoyant 3000 soldats italiens en guerre en Irak, a estimé que la pendaison de l’ancien président irakien est "un pas en arrière". La France, qui plaide, comme l'ensemble de ses partenaires européens, pour l'abolition universelle de la peine de mort, s’est contentée d’annoncer, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu’elle "prend acte de l'exécution de Saddam Hussein". Paris appelle les Irakiens à "regarder vers l'avenir et à travailler à la réconciliation et à l'unité nationales". Pour sa part, la candidate socialiste à la présidence française, Ségolène Royal, a déclaré que l'exécution de Saddam Hussein provoque en elle "un sentiment indéfinissable de dégoût. Mme Royal s’est demandé en outre "quel retentissement profond vont avoir, sur une partie de la population irakienne, les images de cette exécution diffusées dans le monde entier", en soulignant que "c'est ajouter l'humiliation à la honte".
LA CRAINTE DU REGAIN DE VIOLENCE
A Helsinki, on estime que cette exécution "pourrait s'avérer porteuse de divisions pour l'avenir de l'Irak, notamment en raison des graves critiques sur la manière dont le procès a été conduit". A Berlin où le gouvernement est contre la peine de mort, la chancelière allemande, Angela Merkel a souhaité que le peuple irakien " puisse aller sur le chemin de la non violence". A Prague, on craint que la mort de Saddam "entraîne un regain de violence". Stockholm regrette et estime que "la peine de mort à l'encontre de Saddam Hussein est regrettable". Oslo regrette l'exécution de Saddam Hussein, et estime qu'elle "ne résout pas les problèmes politiques de l'Irak". L'Autriche, pour sa part "rejette la peine de mort par principe (...), sans exception et indépendamment de la nature et de l'ampleur du crime commis". De son côté, Athènes voit dans l'exécution de Saddam Hussein "un nouveau moment dramatique de l'histoire agitée de l'Irak". Tout en espérant "qu'il soit le dernier". Les autres capitales européennes se sont contentées d’afficher leur refus à la peine de mort. Comme c’est le cas de Londres où la ministre des Affaires étrangères Margaret Beckett, s'exprimant au nom du Premier ministre Tony Blair, a estimé que Saddam Hussein avait "payé", tout en réaffirmant l'opposition de principe de son pays à la peine de mort. "Nous avons clairement fait connaître notre position aux autorités irakiennes, mais nous respectons leur décision en tant qu'Etat souverain", ajoute Mme Beckett. A New Delhi, Islamabad, Kuala Lumpur (la Malaisie assure la présidence de l’OCI), c’est l’indignation et "un triste événement".
UNE EXECUTION SANS LEGITIMITE JURIDIQUE
Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva a estimé que l’exécution de l’ancien président irakien "ne résolvait pas le problème de l'Irak". "Je ne sais pas si cela a été la justice ou une vengeance", a-t-il dit. Au Pérou, on estime que Saddam Hussein "méritait la peine maximale établie par son pays", mais l'occupation de l'Irak "prive" l'exécution de "légitimité juridique : l'a-t-on pendu pour ses crimes ou en raison (des pressions) de forces étrangères ?" s'est demandé le président péruvien Alan Garcia. Le président argentin Nestor Kirchner a condamné l'exécution de Saddam Hussein, estimant que sa pendaison "ne contribuerait pas au processus de pacification" du pays. "L'Afrique du Sud demeure convaincue que (l') exécution (de Saddam Hussein) n'est pas la panacée aux problèmes politiques actuels en Irak"
LE MONDE ARABE CONSTERNE
«Une atteinte aux sentiments des musulmans»
L’exécution de Saddam Hussein a suscité de vives réactions dans les milieux politiques et au sein de l’opinion publique arabe. Bon nombre de gouvernements qualifient la pendaison de Saddam Hussein d’acte indigne d'un pays civilisé, exprimant leur profonde indignation. Opposée à la peine de mort, l’opinion publique internationale n’a pas applaudi à l'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein.
Dans le monde arabe, l’exécution de l’ancien président le premier jour de l’Aid el Adha est tombée comme un couperet. La presse saoudienne estime que cette pendaison a causé surprise et consternation. Critiquant la politisation du procès de Saddam, l'agence saoudiennne (SPA), reflétant la position officielle du royaume, a estimé que la pendaison, exécutée le premier jour de l'Aïd el Adha, avait causé "surprise et consternation".
De nombreux observateurs à l’échelle mondiale s'attendaient à ce que le procès d'un ancien président dure plus longtemps et comprenne des poursuites détaillées et des procédures juridiques rigoureuses, loin de toute politisation. Les analystes saoudiens dénoncent par ailleurs le changement de juges "durant le procès et son déroulement qui s'est fait" dans des conditions d'occupation américaine. Les milieux politiques qataris qualifient cet acte ignoble de "vengeance confessionnelle" et ce, au lendemain de la diffusion d'images de la pendaison de l'ancien président irakien
"Cette exécution fait fi des sentiments des musulmans, d'autant que plus de trois millions de fidèles étaient rassemblés" pour le pèlerinage à La Mecque, dénonce le journal El Djazira, un autre quotidien saoudien.
En Irak, le Comité des oulémas musulmans, principale organisation religieuse sunnite, a accusé les Américains d'être derrière l'exécution du président irakien et appelé les Irakiens à déjouer leurs plans, dans un communiqué mis en ligne hier. "L'exécution, de cette manière, de l'ancien président irakien Saddam Hussein s'est déroulée conformément aux ordres et aux désirs de l'occupant et de certains de ses alliés à l'extérieur et à l'intérieur" de l'Irak, déclarent les membres du comité dans un communiqué. "Il s'agit d'un acte éminemment politique", estime ce texte, soulignant que le premier jour de l'Aïd el Adha a été choisi pour exécuter le raïs. Le choix de cette date "témoigne de leur haine et de leur désir de provoquer" les sunnites, poursuit le Comité.
De son côté, le Comité de défense de Saddam Hussein s'est indigné du climat qui a entouré l'exécution de l’ancien président irakien et a dénoncé le fait qu'aucun représentant de la défense n'y avait assisté. "Nous dénonçons le climat de haine et de vengeance politique qui a entouré l'exécution du président martyr Saddam Hussein", indique un communiqué du comité. "L'exécution, de cette manière, de l'ancien président irakien Saddam Hussein, le premier jour de l'Aïd el Adha, fait fi des sentiments des Arabes et des musulmans", ajoute le communiqué. "Aucun représentant de la défense n'a été informé de l'heure de l'exécution ou n'a été invité à y assister alors qu'un membre de notre comité se trouvait dans la zone verte", à Bagdad, déplore également le Comité des avocats. Le Comité accuse aussi les "autorités américaines d'occupation d'avoir délibérément ignoré les avocats".
Le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) a, pour sa part, appelé le peuple irakien "au calme et à l’unité".
INDIGNATION ET CONSTERNATION
Dans la région proche-orientale, les réactions restent mitigées. A Amman, plusieurs centaines de personnes, dont la fille aînée de Saddam Hussein, Raghad, ont manifesté pour protester contre la pendaison de l'ancien président irakien.
La manifestation, organisée à l'appel de syndicats professionnels regroupant notamment médecins, ingénieurs et avocats, s'est déroulée devant l'immeuble du syndicat au centre de la capitale jordanienne. Le porte-parole du mouvement palestinien Hamas, Fawzi Barhoum, a dénoncé un "assassinat politique" qui "viole toutes les lois internationales censées protéger les prisonniers de guerre". Saddam Hussein était le plus populaire des dirigeants arabes dans les territoires palestiniens. Lors de la deuxième Intifada, il avait versé des millions de dollars aux familles des "martyrs" et des kamikazes palestiniens.
La Libye a décrété pour sa part trois jours de deuil national et annulé les festivités prévues pour la fête de l’Aïd el Adha.
Sans porter de jugement sur l’exécution, le ministère marocain des Affaires étrangères a mis l'accent sur "la nécessaire réconciliation et concorde entre les différentes composantes de la nation irakienne". A Rabat quelque deux cents manifestants marocains ont protesté contre l'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein. Une manifestation similaire s'est déroulée samedi soir devant le consulat général des Etats-Unis à Casablanca.
Le Groupe d'action marocain pour le soutien à l'Irak et à la Palestine a qualifié, dans un communiqué, le procès de Saddam Husseïn de "mascarade menée par un tribunal mis sur pied par l'occupation". Les manifestants, réunis près du consulat général des Etats-Unis à l'appel d'une association locale, ont également dénoncé le "silence complice des régimes arabes".
La Tunisie considère que l'application de cette sentence, en ce jour, est une grave atteinte aux sentiments des peuples musulmans, au moment où ils célèbrent une fête religieuse sacrée
Synthèse Safia D.
SADDAM S’EN VA DIGNEMENT
Lors des derniers moments avant son exécution, Saddam Hussein s'est montré calme et digne. Il n'a pas hésité à répondre aux attaques de l'assistance et a assuré une dernière fois qu'il avait sauvé les Irakiens "du dénuement et de la misère", selon plusieurs témoins. "Je vous ai sauvé du dénuement et de la misère et j'ai détruit vos ennemis, les Perses et les Américains", a répondu Saddam Hussein, selon le conseiller national irakien à la sécurité Mouwafak al-Roubaïe, à un garde qui lui avait lancé : "Tu nous as détruits ! Tu nous a tués ! Tu nous as fait vivre dans le dénuement !". A un autre moment, "il a dit que nous irons au Paradis et que nos ennemis finiront en enfer". Il a aussi lancé un appel au pardon et à l'amour entre les Irakiens et a dit que les Irakiens devaient combattre les Américains et les Perses, a rapporté à la BBC un juge de la cour d'appel. Saddam Hussein, la corde au cou, récite ensuite la chahada "il n'y a qu'un Dieu et que Mohamed est son Prophète". Saddam, qui est mort les yeux ouverts, a, quelques instants avant sa pendaison, demandé d'envoyer le Coran qu'il tenait dans ses mains à une personne
Ceux qui ont longtemps pensé ou soutenu l’idée que l’exécution de Saddam Hussein pouvait constituer une solution à la crise irakienne doivent bien admettre aujourd’hui qu’ils se sont trompés. Et même lourdement. Car, comme il a été loisible de le constater, la pendaison expéditive de l’ancien président irakien n’aura en rien contribué à diminuer les luttes interconfessionnelles dans ce pays ; bien au contraire, celle-ci risque même de précipiter tout le Moyen-Orient dans une crise inextricable. Mais dans l’absolu, rien n’interdit de penser que le timing choisi (le premier jour de l’Aïd Al Adha) pour mettre à exécution la sentence prononcée par la justice irakienne à l’encontre de Saddam Hussein au mois de novembre dernier n’a pas pour but, justement, de faire d’une pierre deux coups. Ou même plus : c’est-à-dire affaiblir les Irakiens en exacerbant les contradictions et les différences qui opposent notamment les chiites et les sunnites et, ensuite, jeter tranquillement les bases d’un futur Etat irakien à majorité chiite pro-américain, capable d’endiguer la « menace » iranienne. Les faits pouvant participer à corroborer une telle lecture sont nombreux. Le premier d’entre eux reste bien entendu l’exécution de l’ancien maître de Baghdad qui ne peut être interprétée autrement que comme un cadeau fait par les Etats-Unis aux chiites d’Irak. Tout le monde aura effectivement compris qu’en s’arrangeant pour faire disparaître Saddam Hussein durant une fête de l’Aïd, Washington n’aura en fait que confirmé ce que tout le monde savait plus ou moins déjà, à savoir qu’elle avait une préférence intéressée pour cette communauté religieuse. Cette éventualité semble d’ailleurs avoir tellement réjoui les chiites que ceux-ci ne se sont pas gênés, au moment de l’annonce de l’exécution de Saddam Hussein, pour laisser exploser leur joie dans les rues de Baghdad, cela au moment où les sunnites du monde entier apparaissaient profondément écœurés par le sort réservé à l’ancien ennemi juré de Téhéran. L’Iran aussi a célébré sans retenue la disparition de l’ex-président irakien. N’était leur religion, les Iraniens auraient sans aucun doute sablé le champagne tant ils lui vouaient une haine sans limites. Malgré le lourd contentieux historique qui opposait l’Irak à l’Iran, l’intensité de la réaction iranienne n’est tout de même pas allée sans surprendre. Et, ainsi qu’il fallait s’y attendre, le plus grand étonnement est venu du monde arabe qui espérait des responsables iraniens une attitude beaucoup plus politique. Nombre d’observateurs ne s’expliquent pas non plus comment l’Iran a pu prendre ainsi le risque de s’aliéner les opinions arabes (qui sont majoritairement sunnites) au moment où il se confirme de plus en plus que leur pays — qui a actuellement le statut de puissance régionale — est dans le collimateur de Washington. Des opinions qui plus est l’ont, jusque-là, soutenu dans le bras de fer qui continue à l’opposer au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du nucléaire. En ce sens, l’on trouve étonnant que Téhéran — qui a habitué à être perspicace — n’ait pas prévu que sa réaction pouvait jouer en sa défaveur et peut-être ouvrir la voie à son isolement.
Condamnations, indignation, voire dégoût, sont les sentiments qui se dégagent après l’exécution, par pendaison, le jour de l’Aïd el Adha, de l’ancien président irakien Saddam Hussein.
Son exécution est loin d'avoir fait l'unanimité à l'étranger, notamment chez les opposants à la peine de mort. Les réactions ont fusé de toute la planète et les voix, même si parfois elles ont été timides, se sont élevées pour condamner cette " sentence hâtive" et rappeler leur hostilité à la peine de mort. Si Washington voit l'exécution de Saddam Hussein comme "une étape importante sur la route de l'Irak vers une démocratie ", la Russie, en revanche, voit dans cette exécution un facteur qui risque d'aggraver la situation en Irak et regrette que les appels internationaux à la clémence ont été ignorés. L'exécution "pourrait conduire à une dégradation de la situation politico-militaire et à une montée des tensions sectaires", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères. "Le pays sombre dans la violence et se trouve de fait au bord d'une guerre civile totale", prévient-il.
UNE NOUVELLE TRAGIQUE POUR LE VATICAN
Pour sa part, le Vatican a fermement condamné la mise à mort de Saddam et, comme d’autres capitales européennes, a qualifié la nouvelle de "tragique" allant jusqu’à dire " qu'elle violait la loi divine et risquait d'alimenter la vengeance". Ceci au moment où Pékin, conformément à sa politique de non-ingérence dans les affaires de pays tiers, qui s'est toujours opposée à l'invasion de l'Irak, n'a pas commenté l'exécution. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré que "la Chine espère que l'Irak atteindra rapidement la stabilité et le développement".
LES ALLIES DE BUSH SE VEULENT NEUTRES
Le Canada, par la voix de chef de la diplomatie, a estimé qu’il " était trop tôt pour commenter l’exécution" de Saddam Hussein. Il a souhaité un "avenir paisible et prospère" à l'Irak. L'Australie, connue pour son opposition à la peine capitale, s’est montrée neutre en déclarant qu’elle "respecte" la
décision des autorités irakiennes. Une déclaration sans surprise, d’autant plus que le Premier ministre conservateur John Howard, est un indéfectible allié des Etats-Unis. Même position du côté de Tokyo. Le Japon, allié des Etats-Unis dans la guerre en Irak, se dit lui aussi "respecter" la décision des autorités irakiennes. "Il s'agit d'une décision prise par le nouveau gouvernement de l'Irak conformément à l'Etat de droit. Nous la respectons", a déclaré un porte-parole des Affaires étrangères. La Corée du Sud, troisième force militaire en Irak, "espère que le gouvernement irakien et la population surmonteront avec sagesse les difficultés actuelles pour atteindre l'harmonie nationale, la stabilité et la reconstruction économique".
L’EUROPE PREOCCUPEE
En Europe, le président du Conseil italien Romano Prodi s'est dit "préoccupé" à l'idée "que l'exécution de Saddam Hussein puisse accroître la tension" en Irak.
Il a jugé cette exécution "inhumaine", et appelé à la "magnanimité" du gouvernement. Pour Silvio Berlusconi, ancien président du Conseil italien, cette exécution est une "erreur politique et historique" qui " n’aidera pas l’Irak à tourner la page". Berlusconi, qui s’était engagé aux côtés de Washington en envoyant 3000 soldats italiens en guerre en Irak, a estimé que la pendaison de l’ancien président irakien est "un pas en arrière". La France, qui plaide, comme l'ensemble de ses partenaires européens, pour l'abolition universelle de la peine de mort, s’est contentée d’annoncer, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu’elle "prend acte de l'exécution de Saddam Hussein". Paris appelle les Irakiens à "regarder vers l'avenir et à travailler à la réconciliation et à l'unité nationales". Pour sa part, la candidate socialiste à la présidence française, Ségolène Royal, a déclaré que l'exécution de Saddam Hussein provoque en elle "un sentiment indéfinissable de dégoût. Mme Royal s’est demandé en outre "quel retentissement profond vont avoir, sur une partie de la population irakienne, les images de cette exécution diffusées dans le monde entier", en soulignant que "c'est ajouter l'humiliation à la honte".
LA CRAINTE DU REGAIN DE VIOLENCE
A Helsinki, on estime que cette exécution "pourrait s'avérer porteuse de divisions pour l'avenir de l'Irak, notamment en raison des graves critiques sur la manière dont le procès a été conduit". A Berlin où le gouvernement est contre la peine de mort, la chancelière allemande, Angela Merkel a souhaité que le peuple irakien " puisse aller sur le chemin de la non violence". A Prague, on craint que la mort de Saddam "entraîne un regain de violence". Stockholm regrette et estime que "la peine de mort à l'encontre de Saddam Hussein est regrettable". Oslo regrette l'exécution de Saddam Hussein, et estime qu'elle "ne résout pas les problèmes politiques de l'Irak". L'Autriche, pour sa part "rejette la peine de mort par principe (...), sans exception et indépendamment de la nature et de l'ampleur du crime commis". De son côté, Athènes voit dans l'exécution de Saddam Hussein "un nouveau moment dramatique de l'histoire agitée de l'Irak". Tout en espérant "qu'il soit le dernier". Les autres capitales européennes se sont contentées d’afficher leur refus à la peine de mort. Comme c’est le cas de Londres où la ministre des Affaires étrangères Margaret Beckett, s'exprimant au nom du Premier ministre Tony Blair, a estimé que Saddam Hussein avait "payé", tout en réaffirmant l'opposition de principe de son pays à la peine de mort. "Nous avons clairement fait connaître notre position aux autorités irakiennes, mais nous respectons leur décision en tant qu'Etat souverain", ajoute Mme Beckett. A New Delhi, Islamabad, Kuala Lumpur (la Malaisie assure la présidence de l’OCI), c’est l’indignation et "un triste événement".
UNE EXECUTION SANS LEGITIMITE JURIDIQUE
Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva a estimé que l’exécution de l’ancien président irakien "ne résolvait pas le problème de l'Irak". "Je ne sais pas si cela a été la justice ou une vengeance", a-t-il dit. Au Pérou, on estime que Saddam Hussein "méritait la peine maximale établie par son pays", mais l'occupation de l'Irak "prive" l'exécution de "légitimité juridique : l'a-t-on pendu pour ses crimes ou en raison (des pressions) de forces étrangères ?" s'est demandé le président péruvien Alan Garcia. Le président argentin Nestor Kirchner a condamné l'exécution de Saddam Hussein, estimant que sa pendaison "ne contribuerait pas au processus de pacification" du pays. "L'Afrique du Sud demeure convaincue que (l') exécution (de Saddam Hussein) n'est pas la panacée aux problèmes politiques actuels en Irak"
LE MONDE ARABE CONSTERNE
«Une atteinte aux sentiments des musulmans»
L’exécution de Saddam Hussein a suscité de vives réactions dans les milieux politiques et au sein de l’opinion publique arabe. Bon nombre de gouvernements qualifient la pendaison de Saddam Hussein d’acte indigne d'un pays civilisé, exprimant leur profonde indignation. Opposée à la peine de mort, l’opinion publique internationale n’a pas applaudi à l'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein.
Dans le monde arabe, l’exécution de l’ancien président le premier jour de l’Aid el Adha est tombée comme un couperet. La presse saoudienne estime que cette pendaison a causé surprise et consternation. Critiquant la politisation du procès de Saddam, l'agence saoudiennne (SPA), reflétant la position officielle du royaume, a estimé que la pendaison, exécutée le premier jour de l'Aïd el Adha, avait causé "surprise et consternation".
De nombreux observateurs à l’échelle mondiale s'attendaient à ce que le procès d'un ancien président dure plus longtemps et comprenne des poursuites détaillées et des procédures juridiques rigoureuses, loin de toute politisation. Les analystes saoudiens dénoncent par ailleurs le changement de juges "durant le procès et son déroulement qui s'est fait" dans des conditions d'occupation américaine. Les milieux politiques qataris qualifient cet acte ignoble de "vengeance confessionnelle" et ce, au lendemain de la diffusion d'images de la pendaison de l'ancien président irakien
"Cette exécution fait fi des sentiments des musulmans, d'autant que plus de trois millions de fidèles étaient rassemblés" pour le pèlerinage à La Mecque, dénonce le journal El Djazira, un autre quotidien saoudien.
En Irak, le Comité des oulémas musulmans, principale organisation religieuse sunnite, a accusé les Américains d'être derrière l'exécution du président irakien et appelé les Irakiens à déjouer leurs plans, dans un communiqué mis en ligne hier. "L'exécution, de cette manière, de l'ancien président irakien Saddam Hussein s'est déroulée conformément aux ordres et aux désirs de l'occupant et de certains de ses alliés à l'extérieur et à l'intérieur" de l'Irak, déclarent les membres du comité dans un communiqué. "Il s'agit d'un acte éminemment politique", estime ce texte, soulignant que le premier jour de l'Aïd el Adha a été choisi pour exécuter le raïs. Le choix de cette date "témoigne de leur haine et de leur désir de provoquer" les sunnites, poursuit le Comité.
De son côté, le Comité de défense de Saddam Hussein s'est indigné du climat qui a entouré l'exécution de l’ancien président irakien et a dénoncé le fait qu'aucun représentant de la défense n'y avait assisté. "Nous dénonçons le climat de haine et de vengeance politique qui a entouré l'exécution du président martyr Saddam Hussein", indique un communiqué du comité. "L'exécution, de cette manière, de l'ancien président irakien Saddam Hussein, le premier jour de l'Aïd el Adha, fait fi des sentiments des Arabes et des musulmans", ajoute le communiqué. "Aucun représentant de la défense n'a été informé de l'heure de l'exécution ou n'a été invité à y assister alors qu'un membre de notre comité se trouvait dans la zone verte", à Bagdad, déplore également le Comité des avocats. Le Comité accuse aussi les "autorités américaines d'occupation d'avoir délibérément ignoré les avocats".
Le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) a, pour sa part, appelé le peuple irakien "au calme et à l’unité".
INDIGNATION ET CONSTERNATION
Dans la région proche-orientale, les réactions restent mitigées. A Amman, plusieurs centaines de personnes, dont la fille aînée de Saddam Hussein, Raghad, ont manifesté pour protester contre la pendaison de l'ancien président irakien.
La manifestation, organisée à l'appel de syndicats professionnels regroupant notamment médecins, ingénieurs et avocats, s'est déroulée devant l'immeuble du syndicat au centre de la capitale jordanienne. Le porte-parole du mouvement palestinien Hamas, Fawzi Barhoum, a dénoncé un "assassinat politique" qui "viole toutes les lois internationales censées protéger les prisonniers de guerre". Saddam Hussein était le plus populaire des dirigeants arabes dans les territoires palestiniens. Lors de la deuxième Intifada, il avait versé des millions de dollars aux familles des "martyrs" et des kamikazes palestiniens.
La Libye a décrété pour sa part trois jours de deuil national et annulé les festivités prévues pour la fête de l’Aïd el Adha.
Sans porter de jugement sur l’exécution, le ministère marocain des Affaires étrangères a mis l'accent sur "la nécessaire réconciliation et concorde entre les différentes composantes de la nation irakienne". A Rabat quelque deux cents manifestants marocains ont protesté contre l'exécution de l'ancien président irakien Saddam Hussein. Une manifestation similaire s'est déroulée samedi soir devant le consulat général des Etats-Unis à Casablanca.
Le Groupe d'action marocain pour le soutien à l'Irak et à la Palestine a qualifié, dans un communiqué, le procès de Saddam Husseïn de "mascarade menée par un tribunal mis sur pied par l'occupation". Les manifestants, réunis près du consulat général des Etats-Unis à l'appel d'une association locale, ont également dénoncé le "silence complice des régimes arabes".
La Tunisie considère que l'application de cette sentence, en ce jour, est une grave atteinte aux sentiments des peuples musulmans, au moment où ils célèbrent une fête religieuse sacrée
Synthèse Safia D.
SADDAM S’EN VA DIGNEMENT
Lors des derniers moments avant son exécution, Saddam Hussein s'est montré calme et digne. Il n'a pas hésité à répondre aux attaques de l'assistance et a assuré une dernière fois qu'il avait sauvé les Irakiens "du dénuement et de la misère", selon plusieurs témoins. "Je vous ai sauvé du dénuement et de la misère et j'ai détruit vos ennemis, les Perses et les Américains", a répondu Saddam Hussein, selon le conseiller national irakien à la sécurité Mouwafak al-Roubaïe, à un garde qui lui avait lancé : "Tu nous as détruits ! Tu nous a tués ! Tu nous as fait vivre dans le dénuement !". A un autre moment, "il a dit que nous irons au Paradis et que nos ennemis finiront en enfer". Il a aussi lancé un appel au pardon et à l'amour entre les Irakiens et a dit que les Irakiens devaient combattre les Américains et les Perses, a rapporté à la BBC un juge de la cour d'appel. Saddam Hussein, la corde au cou, récite ensuite la chahada "il n'y a qu'un Dieu et que Mohamed est son Prophète". Saddam, qui est mort les yeux ouverts, a, quelques instants avant sa pendaison, demandé d'envoyer le Coran qu'il tenait dans ses mains à une personne
Ceux qui ont longtemps pensé ou soutenu l’idée que l’exécution de Saddam Hussein pouvait constituer une solution à la crise irakienne doivent bien admettre aujourd’hui qu’ils se sont trompés. Et même lourdement. Car, comme il a été loisible de le constater, la pendaison expéditive de l’ancien président irakien n’aura en rien contribué à diminuer les luttes interconfessionnelles dans ce pays ; bien au contraire, celle-ci risque même de précipiter tout le Moyen-Orient dans une crise inextricable. Mais dans l’absolu, rien n’interdit de penser que le timing choisi (le premier jour de l’Aïd Al Adha) pour mettre à exécution la sentence prononcée par la justice irakienne à l’encontre de Saddam Hussein au mois de novembre dernier n’a pas pour but, justement, de faire d’une pierre deux coups. Ou même plus : c’est-à-dire affaiblir les Irakiens en exacerbant les contradictions et les différences qui opposent notamment les chiites et les sunnites et, ensuite, jeter tranquillement les bases d’un futur Etat irakien à majorité chiite pro-américain, capable d’endiguer la « menace » iranienne. Les faits pouvant participer à corroborer une telle lecture sont nombreux. Le premier d’entre eux reste bien entendu l’exécution de l’ancien maître de Baghdad qui ne peut être interprétée autrement que comme un cadeau fait par les Etats-Unis aux chiites d’Irak. Tout le monde aura effectivement compris qu’en s’arrangeant pour faire disparaître Saddam Hussein durant une fête de l’Aïd, Washington n’aura en fait que confirmé ce que tout le monde savait plus ou moins déjà, à savoir qu’elle avait une préférence intéressée pour cette communauté religieuse. Cette éventualité semble d’ailleurs avoir tellement réjoui les chiites que ceux-ci ne se sont pas gênés, au moment de l’annonce de l’exécution de Saddam Hussein, pour laisser exploser leur joie dans les rues de Baghdad, cela au moment où les sunnites du monde entier apparaissaient profondément écœurés par le sort réservé à l’ancien ennemi juré de Téhéran. L’Iran aussi a célébré sans retenue la disparition de l’ex-président irakien. N’était leur religion, les Iraniens auraient sans aucun doute sablé le champagne tant ils lui vouaient une haine sans limites. Malgré le lourd contentieux historique qui opposait l’Irak à l’Iran, l’intensité de la réaction iranienne n’est tout de même pas allée sans surprendre. Et, ainsi qu’il fallait s’y attendre, le plus grand étonnement est venu du monde arabe qui espérait des responsables iraniens une attitude beaucoup plus politique. Nombre d’observateurs ne s’expliquent pas non plus comment l’Iran a pu prendre ainsi le risque de s’aliéner les opinions arabes (qui sont majoritairement sunnites) au moment où il se confirme de plus en plus que leur pays — qui a actuellement le statut de puissance régionale — est dans le collimateur de Washington. Des opinions qui plus est l’ont, jusque-là, soutenu dans le bras de fer qui continue à l’opposer au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du nucléaire. En ce sens, l’on trouve étonnant que Téhéran — qui a habitué à être perspicace — n’ait pas prévu que sa réaction pouvait jouer en sa défaveur et peut-être ouvrir la voie à son isolement.
Réactions
DECLARATION DU GOUVERNEMENT
L'Algérieappelle les Irakiens de tous bords
à un ressaisissement salutaire
A la suite de l'exécution de l'ancien président de la République irakienne, le Gouvernement algérien a rendu publique la déclaration suivante : "Monsieur Saddam Hussein, ancien président irakien, fait prisonnier de guerre, a été exécuté suite à une condamnation à mort pour des actes relevant de ses activités à la tête de l'Etat irakien. Sa culpabilité a été établie par un jugement des hommes dans des circonstances et dans un contexte faisant l'objet d'appréciations antagonistes et de positions polarisées. Cet événement et les actions de l'ancien chef de l'Etat irakien relèvent désormais du jugement de l'histoire et l'évaluation de sa vie appartient au jugement de Dieu. L'Algérie regrette la mise à mort de l'ancien président Saddam Hussein le jour de l'Aïd El Adha, jour sacré, dont l'esprit originel, évocateur de sacrifices, s'est sublimé dans les valeurs du pardon, de la clémence et de la générosité pour tout le monde arabo-musulman. L'Algérie forme le vœu que ce développement n'ajoutera pas à un surcroît de violence et d'épreuves à la tragédie que vit le peuple irakien frère. Elle appelle les Irakiens de tous bords à un ressaisissement salutaire pour assurer un avenir qualitativement meilleur à leur pays dans l'unité de son peuple, l'intégrité de son territoire et la plénitude de sa souveraineté"
LES PARTIS POLITIQUES ALGERIENS
«Un crime odieux et abominable»
"La condamnation à mort de Saddam Hussein, ancien chef de l'Etat irakien, relève désormais du jugement de l'Histoire et l'évaluation de sa vie appartient au jugement de Dieu", s’indigne l’Etat algérien. L’Algérie regrette ainsi cet acte perpétré notamment le jour de l'Aïd el Adha, "jour sacré, dont l'esprit originel, évocateur de sacrifices, s'est sublimé dans les valeurs du pardon, de la clémence et de la générosité pour tout le monde arabo-musulman".
"Indignés", des responsables de partis politiques algériens ont estimé, pour leur part, que l’exécution de Saddam Hussein est "un crime odieux et abominable et une provocation du peuple irakien et des peuples musulmans". Ils sont unanimes à souligner que cet acte "n'arrangera en rien la situation en Irak qui vit toujours sous l'occupation américaine"
Karima A.
FLN
«Un assassinat politique»
Le Front de la libération nationale qualifie d'"assassinat politique" l'exécution du "prisonnier de guerre" Saddam Hussein. Selon le parti de Belkhadem, il s’agit "d’une humiliation et d’une provocation aux sentiments des musulmans", d'autant que sa mise à mort est intervenue à l'aube du premier jour de l'Aïd el Adha.
Les militants du FLN ont appris la nouvelle de l'exécution de Saddam Hussein "avec tristesse, indignation et consternation", lit-on dans un communiqué du parti qui a qualifié, par ailleurs, son exécution de "violation du caractère sacré de l'Aïd el Adha et des mois sacrés, d'humiliation et de provocation aux sentiments des musulmans, des Arabes ainsi que de tous les nationalistes jaloux de la souveraineté de leurs pays".
Saddam Hussein n'a nullement été renversé par "son peuple, ni son armée", indique le communique du FLN, "il a été fait prisonnier de guerre par des forces non irakiennes que le Conseil de sécurité a qualifiées de forces d'occupation", en ajoutant que l'ancien président irakien "a été jugé par une instance mue par un esprit de communautarisme haineux qui n'a ni foi ni loi".
"Même si l'homme ne fut pas au-dessus de tout reproche", son exécution constitue "un assassinat politique d'un dirigeant arabe qui croyait en la Nation, en une Palestine arabe et en un Irak souverain", ajoute encore le FLN, en déclarant "qu’il est désormais évident pour tout un chacun qu'une liberté offerte est vite proscrite, seule une liberté arrachée est pérenne".
RND
«Atteinte aux sentiments du monde islamique»
De son côté, le porte-parole du Rassemblement national démocratique (RND), M. Miloud Chorfi a indiqué que "le Rassemblement déplore l’exécution de l'ancien chef de l'Etat irakien, d'autant plus qu'elle a eu lieu le jour de la fête de l'Aïd el Adha, ce qui représente une atteinte aux sentiments du monde islamique".
PT
«Une exécution qui sort de l'esprit des droits»
Dans le même contexte, le responsable de la communication du Parti des travailleurs (PT), M. Djelloul Djoudi, a estimé que cette exécution "sort de l'esprit des droits" eu égard de la situation de l'Irak et aussi parce qu'elle est intervenue le jour de l'Aïd el Adha.
"La mort de Saddam ne règle pas le problème de l'Irak", selon le PT qui juge que cet acte est "plus qu'abominable".
MNR
«Un crime commis par les alliés des Américains»
"Le président du Mouvement national de la reforme (MNR), M. Abdellah Djaballah a estimé pour sa part que "l'exécution de Saddam est un crime commis par les alliés des Américains et les traîtres et prouve que ces derniers n'ont aucun scrupule avec les musulmans en exécutant Saddam un jour de fête des musulmans".
Saddam était, à ses yeux, "un prisonnier de guerre et aurait dû être jugé en cette qualité par un tribunal international avec toute les garanties de défense, chose qui n'a pas été faite".
RCD
«Ça ne réglera en rien les problèmes en Irak»
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a estimé aussi, selon son porte-parole, M. Mohcen Belabbès, que "l'exécution de Saddam Hussein aggraverait les conflits interconfessionnels dans ce pays", ajoutant que "les attentats terroristes en Irak vont sûrement se poursuivre."
Barbare !
C’est par un acte barbare qui défie les droits de l’Homme que l’année 2006 s’est achevée. Un signe prémonitoire d’une pax americana dans un Grand Moyen-Orient. La mise à mort du président irakien, Sadam Hussein, divise encore plus le pays.
Les sunnites, humiliés par l’exécution de leur leader, sous injonction de Washington et d’un gouvernement à grande composante chiite, se sont redéployés autour d’une solidarité avec l’ex-leader du Baâth. En accélérant son exécution, en dépit d’une loi interdisant l’application des sanctions durant les fêtes religieuses, l’Administration américaine, responsable de l’acte politique, a proféré, à l’adresse du monde arabe et musulman, un message lourd de conséquences. En Mésopotamie, la plaie béante provoquée par la pendaison de Saddam Hussein marque un nouveau tournant dans la crise irakienne.
Les composantes naturelles d’un conflit sectaire entre sunnites et chiite, branche safawide qui a précipité l’assassinat de Saddam, sont ravivées dan l’ordre de mérite du plan de morcellement de l’Irak. L’amputation du pays des deux rives de son entité unitaire ouvre la boîte de Pandore qui fait jaillir tous les malheurs des guerres confessionnelles. L’après-Saddam plonge encore plus l’Irak dans l’œil du cyclone. Les baâthistes, loyaux à l’ex-chef d’Etat, conviés à la réconciliation par le gouvernement Maliki, se sentent trahis, humiliés. Le vieux parti de la nation irakienne plonge dans la clandestinité pour prendre place aux côtés des insurgés. A Bagdad, l'exécution de Saddam Hussein n'a été saluée que par quelques tirs de joie dans les quartiers majoritairement chiites. Le dirigeant kurde Massoud Barzani s'est, lui aussi, réjoui de l'exécution, tout en rappelant l'importance de la poursuite du procès Anfal dans lequel l'ancien président est accusé de génocide contre les Kurdes. Quant au parti Baâth irakien dissous, qui était au pouvoir sous Saddam Hussein, il a appelé les Irakiens à "frapper sans merci" les occupants américains et l'Iran mais à ne pas plonger l'Irak dans une guerre civile pour venger l'exécution du Raïs.
Les prémices de cette ferme volonté de rester fidèles à la ligne de l’ex-président se sont déjà exprimées à l’occasion des funérailles, à travers l’afflux pour le dernier hommage et les tentatives de manifestations populaires dans sa ville natale. L’exécution de Saddam risque de plonger l’Irak encore un peu plus dans le chaos et la fitna
L'Algérieappelle les Irakiens de tous bords
à un ressaisissement salutaire
A la suite de l'exécution de l'ancien président de la République irakienne, le Gouvernement algérien a rendu publique la déclaration suivante : "Monsieur Saddam Hussein, ancien président irakien, fait prisonnier de guerre, a été exécuté suite à une condamnation à mort pour des actes relevant de ses activités à la tête de l'Etat irakien. Sa culpabilité a été établie par un jugement des hommes dans des circonstances et dans un contexte faisant l'objet d'appréciations antagonistes et de positions polarisées. Cet événement et les actions de l'ancien chef de l'Etat irakien relèvent désormais du jugement de l'histoire et l'évaluation de sa vie appartient au jugement de Dieu. L'Algérie regrette la mise à mort de l'ancien président Saddam Hussein le jour de l'Aïd El Adha, jour sacré, dont l'esprit originel, évocateur de sacrifices, s'est sublimé dans les valeurs du pardon, de la clémence et de la générosité pour tout le monde arabo-musulman. L'Algérie forme le vœu que ce développement n'ajoutera pas à un surcroît de violence et d'épreuves à la tragédie que vit le peuple irakien frère. Elle appelle les Irakiens de tous bords à un ressaisissement salutaire pour assurer un avenir qualitativement meilleur à leur pays dans l'unité de son peuple, l'intégrité de son territoire et la plénitude de sa souveraineté"
LES PARTIS POLITIQUES ALGERIENS
«Un crime odieux et abominable»
"La condamnation à mort de Saddam Hussein, ancien chef de l'Etat irakien, relève désormais du jugement de l'Histoire et l'évaluation de sa vie appartient au jugement de Dieu", s’indigne l’Etat algérien. L’Algérie regrette ainsi cet acte perpétré notamment le jour de l'Aïd el Adha, "jour sacré, dont l'esprit originel, évocateur de sacrifices, s'est sublimé dans les valeurs du pardon, de la clémence et de la générosité pour tout le monde arabo-musulman".
"Indignés", des responsables de partis politiques algériens ont estimé, pour leur part, que l’exécution de Saddam Hussein est "un crime odieux et abominable et une provocation du peuple irakien et des peuples musulmans". Ils sont unanimes à souligner que cet acte "n'arrangera en rien la situation en Irak qui vit toujours sous l'occupation américaine"
Karima A.
FLN
«Un assassinat politique»
Le Front de la libération nationale qualifie d'"assassinat politique" l'exécution du "prisonnier de guerre" Saddam Hussein. Selon le parti de Belkhadem, il s’agit "d’une humiliation et d’une provocation aux sentiments des musulmans", d'autant que sa mise à mort est intervenue à l'aube du premier jour de l'Aïd el Adha.
Les militants du FLN ont appris la nouvelle de l'exécution de Saddam Hussein "avec tristesse, indignation et consternation", lit-on dans un communiqué du parti qui a qualifié, par ailleurs, son exécution de "violation du caractère sacré de l'Aïd el Adha et des mois sacrés, d'humiliation et de provocation aux sentiments des musulmans, des Arabes ainsi que de tous les nationalistes jaloux de la souveraineté de leurs pays".
Saddam Hussein n'a nullement été renversé par "son peuple, ni son armée", indique le communique du FLN, "il a été fait prisonnier de guerre par des forces non irakiennes que le Conseil de sécurité a qualifiées de forces d'occupation", en ajoutant que l'ancien président irakien "a été jugé par une instance mue par un esprit de communautarisme haineux qui n'a ni foi ni loi".
"Même si l'homme ne fut pas au-dessus de tout reproche", son exécution constitue "un assassinat politique d'un dirigeant arabe qui croyait en la Nation, en une Palestine arabe et en un Irak souverain", ajoute encore le FLN, en déclarant "qu’il est désormais évident pour tout un chacun qu'une liberté offerte est vite proscrite, seule une liberté arrachée est pérenne".
RND
«Atteinte aux sentiments du monde islamique»
De son côté, le porte-parole du Rassemblement national démocratique (RND), M. Miloud Chorfi a indiqué que "le Rassemblement déplore l’exécution de l'ancien chef de l'Etat irakien, d'autant plus qu'elle a eu lieu le jour de la fête de l'Aïd el Adha, ce qui représente une atteinte aux sentiments du monde islamique".
PT
«Une exécution qui sort de l'esprit des droits»
Dans le même contexte, le responsable de la communication du Parti des travailleurs (PT), M. Djelloul Djoudi, a estimé que cette exécution "sort de l'esprit des droits" eu égard de la situation de l'Irak et aussi parce qu'elle est intervenue le jour de l'Aïd el Adha.
"La mort de Saddam ne règle pas le problème de l'Irak", selon le PT qui juge que cet acte est "plus qu'abominable".
MNR
«Un crime commis par les alliés des Américains»
"Le président du Mouvement national de la reforme (MNR), M. Abdellah Djaballah a estimé pour sa part que "l'exécution de Saddam est un crime commis par les alliés des Américains et les traîtres et prouve que ces derniers n'ont aucun scrupule avec les musulmans en exécutant Saddam un jour de fête des musulmans".
Saddam était, à ses yeux, "un prisonnier de guerre et aurait dû être jugé en cette qualité par un tribunal international avec toute les garanties de défense, chose qui n'a pas été faite".
RCD
«Ça ne réglera en rien les problèmes en Irak»
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a estimé aussi, selon son porte-parole, M. Mohcen Belabbès, que "l'exécution de Saddam Hussein aggraverait les conflits interconfessionnels dans ce pays", ajoutant que "les attentats terroristes en Irak vont sûrement se poursuivre."
Barbare !
C’est par un acte barbare qui défie les droits de l’Homme que l’année 2006 s’est achevée. Un signe prémonitoire d’une pax americana dans un Grand Moyen-Orient. La mise à mort du président irakien, Sadam Hussein, divise encore plus le pays.
Les sunnites, humiliés par l’exécution de leur leader, sous injonction de Washington et d’un gouvernement à grande composante chiite, se sont redéployés autour d’une solidarité avec l’ex-leader du Baâth. En accélérant son exécution, en dépit d’une loi interdisant l’application des sanctions durant les fêtes religieuses, l’Administration américaine, responsable de l’acte politique, a proféré, à l’adresse du monde arabe et musulman, un message lourd de conséquences. En Mésopotamie, la plaie béante provoquée par la pendaison de Saddam Hussein marque un nouveau tournant dans la crise irakienne.
Les composantes naturelles d’un conflit sectaire entre sunnites et chiite, branche safawide qui a précipité l’assassinat de Saddam, sont ravivées dan l’ordre de mérite du plan de morcellement de l’Irak. L’amputation du pays des deux rives de son entité unitaire ouvre la boîte de Pandore qui fait jaillir tous les malheurs des guerres confessionnelles. L’après-Saddam plonge encore plus l’Irak dans l’œil du cyclone. Les baâthistes, loyaux à l’ex-chef d’Etat, conviés à la réconciliation par le gouvernement Maliki, se sentent trahis, humiliés. Le vieux parti de la nation irakienne plonge dans la clandestinité pour prendre place aux côtés des insurgés. A Bagdad, l'exécution de Saddam Hussein n'a été saluée que par quelques tirs de joie dans les quartiers majoritairement chiites. Le dirigeant kurde Massoud Barzani s'est, lui aussi, réjoui de l'exécution, tout en rappelant l'importance de la poursuite du procès Anfal dans lequel l'ancien président est accusé de génocide contre les Kurdes. Quant au parti Baâth irakien dissous, qui était au pouvoir sous Saddam Hussein, il a appelé les Irakiens à "frapper sans merci" les occupants américains et l'Iran mais à ne pas plonger l'Irak dans une guerre civile pour venger l'exécution du Raïs.
Les prémices de cette ferme volonté de rester fidèles à la ligne de l’ex-président se sont déjà exprimées à l’occasion des funérailles, à travers l’afflux pour le dernier hommage et les tentatives de manifestations populaires dans sa ville natale. L’exécution de Saddam risque de plonger l’Irak encore un peu plus dans le chaos et la fitna
Inscription à :
Articles (Atom)